Article de Isabelle Dubé, journaliste, LaPresse. Pour lire l'article intégral, cliquez ici.

D’un point de vue économique, 2023 s’annonce comme la première année « normale » – sans confinement notamment – depuis 2019. Quatre ans plus tard, quelle est la nouvelle normale ? Nos journalistes se penchent sur cette question, sous différents angles. Cette semaine : le marché immobilier.

Le marché immobilier a été si bouleversé ces dernières années qu’acheteurs et vendeurs se retrouvent souvent déboussolés dans le marché de 2023. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les prix des unifamiliales sont plus élevés qu’en 2019, les délais de vente ont baissé, mais le nombre de ventes totales a légèrement diminué aussi.

Avant la pandémie, rares sont ceux qui auraient pensé devoir se battre à coups de surenchères avec d’autres acheteurs pour devenir propriétaires à fort prix d’une maison non rénovée et mal située et que la situation serait même illustrée dans un sketch du Bye bye.

Après avoir vu les prix s’enflammer au moment où les taux d’intérêt étaient au plancher, beaucoup prédisaient une chute brutale des prix et des ventes. On imaginait aussi une ruée de propriétaires remettant leur clé à la banque dans un contexte de taux haussiers.

Ce scénario de films d’horreur ne s’est pas encore réalisé en 2023.

Malgré l’inflation et des taux d’intérêt élevés – mais jamais aussi élevés que dans les années 1980 et 1990 –, les maisons au Québec se vendent plus vite qu’en 2019. Les statistiques indiquent un délai de 98 jours en 2019 comparativement à 56 en 2023. Pour la région de Montréal, l’écart passe de 65 jours à 51 jours.

Le faible nombre de propriétés à vendre pèse dans la balance. Et qui l’eût cru, les jeunes acheteurs préfèrent dorénavant les maisons unifamiliales aux condos.

« Le niveau de construction est extrêmement faible par rapport aux besoins », observe Charles Brant, directeur du service de l’analyse du marché à l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec (APCIQ).

Toujours selon Charles Brant: « Étant donné qu’il y a un déficit d’offres très important, qu’on le traîne depuis une quinzaine d’années et qu’il n’est pas rattrapable en l’espace de quelques années, ce déséquilibre va se maintenir et c’est ce qui permet aux prix de se maintenir à leur niveau.»

Le plein impact des taux d’intérêt n’est d’ailleurs pas encore visible dans le marché actuel, affirme l’expert.

« Il n’y a pas de catastrophe en vue, les institutions financières sont là pour soutenir les ménages et, pour le moment, le marché de l’emploi est extraordinairement solide malgré un certain ralentissement de l’économie. Ces facteurs font en sorte que les ménages sont capables de payer leurs mensualités.

« Jusqu’à quand, bon, ça, c’est encore une autre histoire. On va voir comment évolue l’économie. »

En 2019, les vendeurs de la région de Montréal avaient le beau rôle, tandis qu’à Québec, c’était plutôt les acheteurs. En 2023, le marché de toute la province est favorable aux vendeurs.

Le retour des vraies visites

Au grand bonheur de tous, les acheteurs peuvent enfin prendre le temps de parcourir chacune des pièces d’une propriété convoitée et s’imaginer y vivre. Les visites de 30 minutes à 1 heure sont de retour. La possibilité d’acheter avec la garantie légale – sauf pour les successions – aussi. Tout comme les inspections.

« On est revenu à cette normalité-là de 2019 à quelques exceptions près », observe Marc Lacasse, président du conseil d’administration de l’APCIQ.

Les propriétés d’exception, clés en main, se retrouvent encore en promesses d’achat multiples, mais jamais comme dans les années antérieures.

« La pandémie a eu comme effet sur les acheteurs de comprendre que la maison parfaite n’existe pas, qu’il faut faire des compromis. Avant, quand les acheteurs évaluaient une maison à 8/10, ils insistaient pour attendre d’en trouver une à 9/10 avant de faire une promesse d’achat. Aujourd’hui, à 8/10 et même à 7/10, l’acheteur fait une promesse d’achat, parce qu’il doit se loger et qu’il se retrouve dans le sous-sol d’un ami temporairement ou chez ses parents. » (Marc Lacasse, président du conseil d’administration de l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec)

Marc Lacasse constate aussi que les acheteurs gèrent mieux leur budget qu’avant. Ce n’est pas parce que la banque accepte de leur prêter 600 000 $ qu’ils vont sauter sur une propriété à 600 000 $.

« Ils font leurs calculs en disant : on veut continuer de voyager, on veut continuer d’aller au restaurant et on a décidé que notre maximum, c’était tant. Ils vont faire des compromis en achetant un condo ou s’éloigner. »

La technologie change les comportements

La technologie a changé le monde de l’immobilier, explique Marc Lacasse. « On a compris la valeur de notre temps. »

Il cite la signature électronique, mais aussi le fait que le courtier qui représente les acheteurs ne traverse plus de la Rive-Sud à la Rive-Nord pour venir présenter en personne la promesse d’achat de ses clients.

Les acheteurs prennent également le temps d’analyser les photos des propriétés à vendre sur l’internet et d’étudier l’ensemble des caractéristiques de la propriété.

« Ils vont même parfois aller faire du repérage en voiture avant de demander la visite. Ça va leur permettre de voir le quartier et d’écouter l’environnement, parce qu’un quartier “bruyant” ne signifie pas la même chose pour tout le monde », précise Marc Lacasse.

EN SAVOIR PLUS

98 jours: Le nombre de jours moyen pour vendre une maison en 2019 au Québec.

Pour les six premiers mois de 2023, le délai avait descendu à 56.

Par Nathalie Lacroix